La belle au bois dormant (J. et W. Grimm)
ou la belle qui aurait mieux fait de rester couchée... !
Il est des contes de fées censés être initiatiques mais qui en guise d'initiation causent plus de dégâts qu'autre chose ! Telle est la pseudo-merveilleuse histoire de cette pauvre Belle au bois dormant (c'est elle qui dort, pas le bois..., car lui n'a rien demandé...) qui attend naïvement qu'un courageux prince charmant vienne la délivrer de son terrible sommeil... Pauvre fille... ! Qu'elle est bien naïve...
Voilà ainsi résumé rapidement un conte qui pourrit la vie des hommes depuis des siècles, à savoir que toutes les femmes en âge de rencontrer un homme sont persuadées qu'il existe un prince charmant qui va venir les délivrer (de quoi, j'en sais rien, puisqu'aujourd'hui, parité oblige, elles ne dorment plus !).
Nos pauvres compagnes vivent ainsi dans la certitude (pas besoin d'essayer de les raisonner, ce sont des femmes...) que leur vie ressemblera à l'identique à celle vécue par cette triste femme (une invention des frères Grimm, des allemands faut-il le rappeler, qui ont su détruire le romantisme à la française...). Et nous, pauvres diables (c'est bien ainsi qu'il faut nous appeler, puisque nous sommes ni princes, ni charmants...) avons de vêtir tous les jours un costume qui n'a jamais été taillé à notre mesure, a fortiori à une époque où la réalité si cruelle nous oblige à jongler entre intelligence, courtoisie... et humour (seul moyen que nous ayons finalement trouvé pour séduire une femme, surtout si elle est blonde...).
Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Tant que l'Éducation Nationale véhiculera dans ses programmes ce vieux conte pour jeunes filles (qui deviennent de « vieilles filles » à force d'attendre !), nous, pauvres hommes, sur qui le sort décidément s'acharne (Dieu est une femme, j'en suis sûr !), continuerons d'être incompris, véritables bouc-émissaires d'une histoire écrite pourtant par d'autres hommes... (des frères, en plus ; ils auraient mieux fait de rester couchés ce jour là eux-aussi !).
Simplement, contrairement à l'idée si répandue (allez savoir pourquoi... ?), nos chers frères Grimm n'ont pas arrêté leur récit juste au moment du réveil de la belle princesse... Non, pas du tout (et cela est parfaitement vrai !) : une fois réveillée, notre prince (vous allez voir à quel point il est charmant, surtout sa mère... ah, les belles-mères, pires que leurs filles pas toujours si belles d'ailleurs...), donc, notre cher prince amène sa princesse et ses deux enfants (eh oui, elle est tombée enceinte pendant son sommeil... vraiment charmant son prince...) dans le château où vit sa mère (la mère du prince, pas de la princesse, bien sûr !). La belle-mère, une vraie goinfre (ogresse, autrement dit...), panse/pense (facile, je sais !) ainsi pouvoir se délecter bientôt de la chair tendre de sa belle-fille et de ses petits-enfants, alors que son fils est parti en guerre (contre quoi, on en sait rien ; peut-être est-il allé délivrer une autre princesse, histoire de remplacer celle que sa mère risque de dévorer...). En tout cas, force est de constater à quel point le fils sait s'occuper de sa mère, et la nourrir comme il se doit (fichu complexe d'OEdipe, même à l'époque des frères Grimm il pourrissait lui-aussi déjà la vie des hommes... !!!).
Mais heureusement, le Maître d'Hôtel (qui s'appelle « Simon » dans l'une des versions du conte des frères Grimm ; « Simon histoire vous était contée... »), donc un homme va remplacer la princesse et ses enfants par une biche et deux chevreaux, tout cela afin de tromper la gloutonne belle-mère (pas très futée d'ailleurs..., un peu comme son fils...). Ainsi, seuls les hommes ont les idées vraiment claires dans ces histoires : soit ils fuient leurs responsabilités (pour aller faire la guéguerre...), soit ils remplacent leurs femmes par des animaux (plus fidèles, eux, et moins chers à vêtir...).
Donc, comme vous pouvez le constater Mesdames et Mademoiselles, ce conte que l'on vous raconte depuis des générations n'est qu'une vaste fumisterie, une foutaise inventée de toutes pièces (des pièces raccourcies et rapportées, comme le costume que nous devons endosser d'ailleurs...) pour vous donner l'envie de vivre, de dormir jusqu'au petit matin, avant que votre homme, prétextant acheter des croissants, ne parte en fait dans les bras d'une autre, histoire de vérifier que sa femme n'est pas la seule à souffrir du même délire... (Psychose Collective Féminine = P.C.F. ; PCF n'a jamais désigné un parti politique français, bien au contraire... !).
Le prince charmant n'existe donc pas, pas plus que la princesse charmante ! Par contre il arrive régulièrement des histoires merveilleuses à des hommes et des femmes qui savent se donner la peine de charmer l'autre sans avoir forcément envie de devenir prince ou princesse (surtout si c'est pour finir dans l'état de celle décrite par les frères Grimm, à élever toute seule deux enfants dans un loft trop luxueux, pendant que le mari fait la guerre de son côté ; allez donc imaginer sur quoi il est encore en train de batailler... ?).
Reconnaissons au moins une vertu à ce conte : il a le mérite de rendre nos femmes encore plus désirables et désirée, sans quoi nos pauvres vies d'hommes seraient bien monotones et fades... Peut-être est-elle là la véritable réalité du conte, donner de l'espoir à celles et ceux qui ont envie de croire... Et aujourd'hui plus encore nous avons envie de croire à l'impossible...
Enfin, au-delà de l'exercice de style (*), aussi caustique et misogyne puisse-t-il paraître (autant je suis caustique, autant je ne suis vraiment pas misogyne !), n'oubliez pas que c'est un homme qui aime éperdument les femmes qui a écrit ce bien modeste texte humoristique, à prendre au dernier degré, bien évidemment...
(*) Ce texte a été écrit par Lionel Dupuy dans le cadre d'un concours proposé par le Salon du Livre de Pau...





